Les cosmétiques périmés, un danger mortel?

Un article de blog récent se base sur une étude anglaise et nous prédit pis que pendre si nous utilisons des cosmétiques périmés. Sérieux?

poison

Je vois tourner depuis quelques jours sur les réseaux sociaux un billet qui en gros promet mille morts dans d’affreuses souffrances pour nous et nos proches si nous utilisons nos produits cosmétiques au delà de la « date de péremption » (date limite conseillée d’utilisation après ouverture, représenté sur l’emballage par un petit pot ouvet avec un chiffre qui donne en mois ce délai).
Je passe sur le titre hyper racoleur et anxiogène (je vous laisse chercher vous même le billet avec les mots clés « cosmétiques périmés » et « septicémie », je mets pas un lien vers ce genre de billet chez moi), car ce billet reprend en gros le ton très alarmiste d’une publication de la London Metropolitan University. Pour faire court, des blogueuses ont envoyés à un Dr en sciences médicales des produits cosmétiques périmés pour faire une mise en culture bactérienne des dits produits. Et ils ont trouvé des bactéries dites donc! Mais attention, mortelles hein les bactéries!

Pour reprendre la publication de base par la London Metropolitan University (LMU), les produits analysés sont je cite « de vieux pinceaux à fond de teint, des gloss et des rouges à lèvres« . Donc déjà pour les pinceaux il y a un biais : est-ce que les bactéries découvertes étaient dans le fond de teint ou sur le pinceau (donc contamination possible par les mains du pinceau)? Ensuite l’échantillon testé est de … 5 produits! Ce qui niveau statistique/validité de l’étude est ridicule. Et cette étude est un one shot, donc absolument pas représentative. Pour avoir une idée de la contamination des produits cosmétiques il faudrait un échantillon beaucoup plus large, plus varié (là ce sont des produits envoyés par des blogueuses, donc ils ont pu être manipulés en dehors des conditions normales, par exemple des swatchs sur papier ou sur la peau de la main/du bras), et qu’il y ai plusieurs études dont les résultats convergent (ou pas).

Tout ce qu’on peut déduire de l’étude de ces produits cosmétiques périmés, c’est que les demoiselles qui les manipulent ne se lavent pas forcément bien les mains (oui quand on trouve des bactéries responsables d’infection vaginale ou des bactéries fécales dans un cosmétique, c’est que les mains ont traîné ailleurs avant et n’ont pas vu le savon, je vais pas vous faire un dessin) ou la bouche (non là il ne vaut mieux pas que j’explicite!). Et qu’il faut laver ses pinceaux régulièrement. Perso  pour des produits crèmes/fluides c’est à chaque utilisation, pour des produits poudres toutes les 2-3 utilisations.

Ce genre d’information erronée et anxiogène me rend furieuse, car on fait peur à tout le monde pour pas grand chose, bonjour le pétard mouillé! Des bactéries pathogènes (= potentiellement dangereuses pour la santé), il y en a partout AUTOUR, DANS et SUR nous!!! On nage dedans! Et même des bactéries bénéfiques à un endroit de notre corps peuvent devenir pathogènes si elles sont à un endroit où elles ne devraient pas. Le très méchant Staphylocoque doré dont tout le monde a peur dans les hôpitaux, vous l’avez en permanence sur vous, puisqu’il fait partie de la flore bactérienne cutanée … Les entérobactéries citées dans la publication de la LMU sont naturellement présentes dans nos intestins. Donc oui une entérobactérie dans une plaie ça craint! Mais parce qu’elle n’a rien  à faire là! Et traiter de « mortelle » (deadly bacteria) la bactérie responsable de l’acné, non mais sérieusement quoi!

Il faut aussi bien se dire qu’a priori un produit cosmétique c’est quand même pas le milieu de développement idéal pour les bactéries. Elles ont besoin d’une chose : de l’eau. Donc déjà pour les produits poudre c’est raté. J’ai des fards à paupières depuis des années que j’utilise toujours et pas de conjonctivite mortelle à déclarer. Pour les huiles c’est pareil, elles peuvent rancir (dégradation des corps gras) mais les bactéries ne s’y développent pas. Pour les formules avec de l’eau (par exemple les émulsions, crèmes), là c’est plus compliqués. Les conservateurs sont là pour ça, donc oui une crème de jour faite maison sans conservateur sera plus favorable au développement des bactéries qu’un produit manufacturé en conditions stériles et contenant des conservateurs.

Parce qu’une date de péremption c’est à titre indicatif par obligation légale. Tout ce que ça veut dire, c’est qu’au bout des x mois d’ouverture précisés sur l’emballage, avec une utilisation normale (si vous vous mouchez dans votre pot de crème de jour il va durer moins longtemps hein…encore que si c’est blindé de conservateur!), la marque n’est plus en mesure de garantir les normes sanitaire, d’efficacité et de qualité du produit. C’est comme les yaourts, ils n’explosent pas passés la date de péremption non? Le « danger » de dépasser la date de péremption dépend d’énormément de facteurs, par exemple :

  • le type d’emballage : un flacon airless qui ne laisse pas entrer d’air et ne permet pas le contact de la peau avec le produit restant est forcément plus protecteur qu’un pot de crème classique où on met ses doigts tous les jours (lavage des mains toussa toussa). Donc dépasser un peu la date avec un airless est moins « grave » qu’avec un pot;
  • les conditions de conservation : globalement un produit conservé à température stable, à l’abri de la lumière (si flacon transparent) se conserve mieux plus longtemps. Là c’est surtout un problème de conserver les propriétés cosmétiques du produit (encore que certaines bactéries aiment bien la chaleur et ça pourrait faire bouillon de culture). Par exemple les molécules anti-oxydantes sont très fragiles, et peuvent ne plus être efficace si on laisse le flacon prendre la chaleur (genre sur la coiffeuse devant la fenêtre plein sud);
  • la formule : cf plus haut
  • les conditions d’utilisation : utilisation d’une spatule lavée à chaque fois versus les doigts dans le pot;
  • etc.

Alors oui si vous côtoyez des personnes au système immunitaire fragile (bébés, personnes immunodéprimées, personnes âgées, etc.), c’est sans doute une bonne idée d’être attentif à la conservation de vos cosmétiques, mais ne sombrez pas dans la paranoïa non plus. Et pour savoir comment gérer vos cosmétiques par rapport à leur date de péremption, fiez vous plutôt au bon sens de So.

 

19 thoughts on “Les cosmétiques périmés, un danger mortel?

  1. Cet article est très intéressant.
    J’ai beaucoup de vielles palettes de fards à paupières et fards à joues et de vieux rouges à lèvres.
    J les utilise de temps en temps et je n’ai jamais eu aucun soucis.

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    Poupoune Reply:

    moi aussi je vais pas jeter mes fards MAC achetés au fil des années hein!

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  2. en gros c’est naze, ne serai-ce pas une étude financé par certaines marques cosmétique pour que l’on rachète des produits dès que la date est dépassée ??

    après quand on a un minimum de cerveau on ne met pas ses doigts dans un pot de crème sans se laver les mains avant, à moins qu’on ne cherche des expériences différentes…..

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    Poupoune Reply:

    apparemment pas mal de personnes se posent la question d’un éventuel conflit d’intérêt! J’aime beaucoup le terme « expériences différentes » lol

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  3. Le bon sens avant tout !
    Moi j’ai pris l’habitude de coller une toute petite étiquette avec la date de première utilisation sur mes produits cosmétiques. (= déformation professionnelle !)
    Comme ça, on peut se rendre compte combien de temps « dure » un produit (côté économe…), et par la même occasion, si je ne l’utilise pas souvent, ça donne une idée pour la durée de conservation.

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    Poupoune Reply:

    c’est une bonne idée, je le faisais un moment mais maintenant j’ai un cahier où j’essaye de noter quand je reçois/achète et quand j’ouvre

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  4. Merci pour cet article très complet ! Je ne nettoie pas mes pinceaux régulièrement et je devrais.
    Deltreylicious

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    Poupoune Reply:

    oui c’est important de laver ses pinceaux régulièrement!

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  5. Merci pour cet article très complet qui remet les pendules à l’heure. Je n’ai pas cherché l’article en question, mais je m’imagine très bien le contenu…

    N’y aurait-il pas un petit côté marketing par hasard ?

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    Poupoune Reply:

    on se demande…

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  6. Je ne suis pas encore allée lire l’article auquel il est fait référence, mais on ne compte plus les articles au titre racoleur du genre « une étude américaine/anglaise/suisse/… montre que » (au choix : les femmes habillées en noir fument plus que les autres/les propriétaires de poissons rouges meurent plus de cancer de l’estomac/boire deux litres d’eau par jour protège contre l’acne, etc …)
    Et dans 100% des cas, quand tu vas voir l’article cité (lorsqu’il l’est …), c’est pipeau et compagnie, une étude faite un week end sur les 5 copains du – hum – chercheur, analyse statistique faite avec le pied gauche, j’en passe et des meilleures. Je lisais d’ailleurs ce matin un article assez critique qui indiquait qu’environ 50% des recherches scientifiques publiées sont soit impossibles à reproduire (et donc fausses), soit biaisées. Il faut dire que l’édition scientifique est un business très juteux, et que l’injonction faite aux chercheurs « publish or perish » les pousse parfois a publier à tout prix des résultats dont ils ne sont pas parfaitement sûrs … mais ceci est un autre débat.
    Comme c’est étonnant de trouver des microroganismes sur un pinceau de maquillage ! Eh oui, comme tu le soulignes très justement, notre peau grouille de bactéries (auxquelles on peut ajouter quelques levures et autres champignons, d’ailleurs) qui ne deviennent pathogènes que lorsqu’elles se retrouvent dans des endroits où elles n’ont habituellement rien à faire. Comme la flore cutanée se partage entre les bactéries communes à tout le monde et celles qui nous sont personnelles (souvent transmise par notre entourage, famille, … voire par l’air ambiant, les particules de pollution sont chargées de bébêtes), nous avons chacune notre petit biotope auquel nous sommes accoutumées, et qui nous défend d’ailleurs (plus ou moins bien) contre les vraies méchantes bactéries. Le top de la biodiversité c’est sur les mains, c’est d’ailleurs pour cela que maintenant j’essaie d’éviter de piocher dans le pot de crème de jour avec le doigt, j’utilise la petite spatule fournie avec – pas que j’aie peur de me tartiner le visage de bactéries, plus pour une meilleure conservation de la crème en question.
    Les dates de péremption, on est bien d’accord, sont plus là pour couvrir le fabricant en cas de pépin que pour protéger le consommateur. Et oui, je mange souvent des yaourts périmés depuis quelques jours …

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  7. un article plein de bon sens ! je suis comme toi, je fais attention, mais quand ça déborde, je ne jette pas, je continue a l’utiliser en verifiant l’odeur, la texture, etc, et si tout est ok, hop je continue.
    J’alterne souvent les cremes, selon les besoins de ma peau, sauf quand j’ouvre un pot, là je m’y tiens tant qu’il n’est pas fini ! il faut juste comme tu le dis faire preuve de bon sens, et ne pas céder aux discours alarmistes et commerciaux ….

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    Poupoune Reply:

    moi non plus j’aime pas gâcher ^^ il n’y a que les mascaras qu’il m’arrive de jeter parfois presque plein parce que je ne me suis pas maquillée pendant longtemps et que ça dépasse les 6 mois d’ouverture..

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  8. Bonjour, je ne vais pas aller lire l’article, je préfère largement lire ton billet qui m’a fait bien rire au demeurant et c’est comme tout respecter des règles d’hygiène élémentaires, c’est tellement cohérent. A moi des produits anciens aussi comme toit mais bien conserver et à mi les yaourts périmés qui n’explosent pas!

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  9. Encore un très bon article, bien étayé et scientifiquement vachement plus crédible que leur étude 🙂
    Ca a le mérite de remettre les choses en perspective et de dédramatiser ledit billet (que par ailleurs je n’ai même pas lu).

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    Poupoune Reply:

    Merci Cali 🙂

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  10. Super article, concis, bien étayé, et plein d’humour. Non je ne me mouche pas dans mes pots de crème 😉 Pour ma part, les pinceaux sont lavés à chaque fois. J’ai certains rouges à lèvres depuis des années, ceux que j’ai jetés avaient changé de texture ou sentaient bizarre. Et pour les crèmes, eh bien soit je les vire soit je les utilise pour les mains ou autre. Pour me souvenir de la 1re date d’utilisation j’essaye de l’inscrire au marqeur sur le tube, quand j’y pense… En tout cas ton article remet les choses en place, merci !

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    Poupoune Reply:

    je me suis fait un carnet où je note la date d’achat/réception et d’ouverture aussi. Ca me permet d’avoir un état de mes stocks aussi lol.

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  11. Perso j’ai moi même il y a quelques années utilisé un mascara qui était à ma mère et qui était périmé et j’ai eu une grosse réaction allergique (ma paupière a littérallement gonflé et pendant 2 jours je suis restée comme ça alors que je ne suis allergique à aucun produit.

    Du coup effectivement je pense que les dates de péremption permettent de mettre les groupes de cosmétiques à l’abri mais elles sont aussi à prendre en considération car les cosmétiques sont quand même fabriquées à partir d’ingrédients pas toujours naturels. Du coup pour ma part je pense qu’il faut y faire attention mais ne pas prendre au pied de la lettre toutes les dates de péremption.

    Perso je ne garderais pas plus d’un an un fard à paupière ou un rouge à lèvres.

    Clara

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