Mon produit cosmétique me brûle, me pique, me gratte : que faire?

Mon produit cosmétique me brûle, me gratte, me donne des boutons… Bref je subis un effet indésirable. Que faire?

effet indésirable cosmétique cosmétovigilance

Il peut arriver à tout le monde d’avoir une mauvaise expérience avec un produit cosmétique. Si cela vous arrive, voici quelques pistes pour savoir quoi faire.

Pourquoi je fais une réaction?

Tout d’abord, il faut savoir que tout le monde peut faire une réaction à un produit cosmétique, à n’importe quel produit cosmétique. Même si on n’est pas allergique, si on n’a jamais fait de réaction, il peut suffire de pas grand chose pour que la peau se fâche et le fasse savoir (par exemple : un exfoliant habituellement bien toléré sur une peau qui a pris le soleil…). La peau est un organe vivant, qui peut aussi avoir ses humeurs! Faire une réaction à un produit cosmétique ne préjuge pas non plus de la qualité et/ou de la sécurité d’utilisation du dit produit, c’est vraiment le résultat d’une interaction peau / produit à un instant donné.

De plus, faire une réaction, ce qu’on appelle dans le métier un effet indésirable, n’est pas toujours synonyme d’allergie, c’est même le contraire. Car la véritable réaction allergique n’est pas si fréquente (voir plus bas), ce sont plutôt les réactions d’irritation qui prédominent. En fait, on peut voir différents types d’effets indésirables qui diffèrent selon :

  • les symptômes : c’est rouge, ça gonfle, ça gratte, ça brûle, ça fait des boutons, ça pèle, etc.
  • le délai d’apparition : immédiatement après application, retardée (quelques minutes à plusieurs heures);
  • la durée : ça passe en quelques minutes, quelques heures, ou ça nécessite une consultation chez un médecin;
  • la localisation : les symptômes concernent la zone d’application du produit uniquement, ou au contraire une zone plus étendue;
  • les conséquences : après disparation des symptômes, il ne reste rien ou la réaction a provoqué des effets durables.

Ces informations sont très importantes à noter, car cela permettra ensuite d’évaluer ce qu’on appelle l’imputabilité de l’effet indésirable au produit cosmétique, c’est-à-dire la probabilité que le produit cosmétique soit responsable de la réaction. Car même si à première vue le produit peut sembler responsable, il arrive en creusant un peu qu’on se rendre compte que ce n’est pas du tout le cas.

Ces informations permettent également de déterminer le type de réaction. Par exemple, une réaction immédiate après application qui se traduit par une rougeur qui dure une quinzaine de minute, c’est souvent une réaction d’irritation à un conservateur. On appelle ça un flash rougeur. Déterminer cela aidera à vous dire que vous êtes sans doute intolérant(e) (et non allergique, j’insiste) à un conservateur du produit. Mais il ne sera pas possible de vous dire lequel (sauf s’il n’y en a qu’un #captainobvious).

L’allergie, c’est un phénomène complexe qui se déroule à l’échelle de l’organisme entier, alors que la majorité des réactions restent localisées à la peau. Globalement, l’allergie c’est quand votre organisme a décidé, à tors ou à raison, qu’une molécule étrangère à lui est un ennemi. Un allergène, cela peut être n’importe quoi, même l’eau! Contrairement à la croyance actuelle, les ingrédients naturels ne sont pas moins allergisant que les ingrédients synthétique (et non chimique je précise, tout est chimie, vous respirez et vivez grâce aux réactions chimiques dans votre corps. Mais on en reparlera!). C’est même l’inverse, les ingrédients naturels, par exemple dans les parfums, sont les plus allergisants. Naturel ne veut pas dire sans danger 😉 Pour déclencher une réaction allergique, il faut d’abord un premier contact avec l’allergène, qui passe inaperçu. C’est ce qu’on appelle la phase de sensibilisation.

Là tout de suite, je fais quoi?

Première chose lorsqu’on pense faire une réaction à un produit : arrêter de l’utiliser (je sais ça va sans dire, mais ça va mieux en le disant, comme disait un de mes ex patrons). Si vous voulez êtes sûr que c’est bien ce produit qui a provoqué la réaction, vous pourrez, après un moment (genre 3-4 semaines, pour laisser un cycle cutané passer), réessayer le produit pour voir si la réaction réapparaît. Ceci évidemment sous réserve que la réaction ne soit pas grave / persistante (ne soyons pas maso). C’est d’ailleurs pour ça qu’il est conseillé d’introduire des nouveaux produits un par un, comme ça s’il y a une réaction, on sait qui est le coupable. Et surtout on garde bien le produit, parce qu’on va avoir besoin d’informations qui sont dessus.

Si c’est tolérable, essayez de ne rien mettre sur la réaction, aucun autre produit, même remède de grand-mère genre aloe vera ou autre (ce n’est pas parce que c’est naturel que c’est sans danger, surtout sur une peau réactionnelle). Éventuellement un pschitt d’eau thermale pour apaiser, mais c’est tout.

Si la réaction est importante, n’hésitez pas à aller consulter pour un éventuel traitement. Ce n’est généralement pas un dermatologue qu’on voit en urgence (merci les délais de folie pour un rdv…), mais en cas de réactions fréquentes / multiples il peut être pertinent  d’en consulter un pour faire une exploration d’éventuelles allergies à certains composant. Car en fait on est pas allergique à un produit mais à un ou plusieurs ingrédients. Et seule une exploration ingrédient par ingrédient pourra permettre de déterminer à quoi vous êtes allergique. Car si on connaît certains ingrédients qui déclenchent plus facilement des allergies (on appelle ça le potentiel sensibilisant), on peut devenir allergique à n’importe quoi.

Et surtout, il est très important de contacter la marque pour lui signaler cet effet indésirable.

Pourquoi contacter la marque?

Contacter la marque ne semble pas le plus important à faire, mais ça l’est! Plus en tout cas que se plaindre sur son blog ou sur les réseaux sociaux comme je le vois souvent… Ok ce n’est pas drôle de faire une réaction à un produit, mais comme je l’ai dit cela ne préjuge absolument pas de la qualité / sécurité du produit. Donc allumer la marque sur blog / réseaux sociaux sans la contacter directement… ben ça sert pas à grand chose, à part soulager sa frustration.

Parce que les marques de cosmétiques sont soumises à une obligation réglementaire (Règlement cosmétique européen, 1223/2009 pour être précise) de cosmétovigilance, c’est-à-dire de surveillance des effets indésirables des produits cosmétiques une fois sur le marché. En particulier, les marques doivent signaler aux autorités de contrôle (l’ANSM dans ce cas) les effets indésirables graves c’est-à-dire les effets indésirables entraînant une incapacité fonctionnelle temporaire ou définitive (par exemple un masque exfoliant pour les pieds vous provoque une réaction aux pieds, vous ne pouvez pas marcher et aller travailler : c’est un effet indésirable grave), un handicap, une hospitalisation, des anomalies congénitales, un risque vital immédiat ou un décès. Ça fait peur comme ça, mais les effets indésirables graves sont extrêmement rares : environ 1 cas pour 10 millions de produits cosmétiques vendus.

Pour contacter la marque, plusieurs options :

  • il peut y avoir un numéro de téléphone sur le produit;
  • un numéro ou formulaire de contact sur le site internet de la marque;
  • si aucune de ces options n’est disponible, les réseaux sociaux de la marque.

Les grosses marques ont la plupart du temps un service consacré à la cosmétovigilance. Pour les plus petites qui n’ont pas un gros service réglementaire, ou pas de service réglementaire du tout, ça peut être un peu plus compliqué…

Exemple de contact marque (le service cosmétovigilance Nuxe est top!)

Une fois le contact établi, la marque peut soit gérer le recueil des informations en interne, soit missionner un cabinet extérieur (souvent un cabinet de médecins experts) pour cela. Le but : déterminer l’imputabilité de l’effet indésirable au produit, sa gravité (car dans le cas d’un effet indésirable grave la marque a 20 jours après le contact consommateur pour le déclarer à l’ANSM) et les suites à donner. Cela permet aussi de déterminer s’il ne s’agit pas d’un mésusage : en gros vous avez utilisé le produit pour un usage qui n’est pas le sien ou en dépit des instructions d’utilisation. Par exemple vous avez laissé poser un masque exfoliant toute la nuit alors qu’il est indiqué 20 mn de pose maxi, et ça vous a brûlé le visage.

Pour évaluer votre effet indésirable la marque / le cabinet d’expert vous demandera les symptômes, leur délai d’apparition, combien de temps ça a duré, etc. (voir plus haut). Mais également des informations sur le produit (c’est pourquoi il faut impérativement le garder) : la dénomination, le numéro de lot, le numéro EAN (celui à 13 chiffres sous le code barre), la DLUO (date limite d’utilisation optimale) s’il y en a une, la date d’achat, si vous avez utilisé d’autres produits en même temps ou pas loin, etc. On vous demandera sans doute de retourner le produit, afin de réaliser des analyses qualité dessus. Les frais d’envoi vous seront en général remboursés, et la marque fait la plupart du temps un geste commercial (comme vous envoyer un produit de votre choix du montant équivalent, ou vous rembourser, sous réserve que vous ayez gardé le ticket de caisse).

Et après?

Le but de ce suivi de cosmétovigilance est de s’assurer de la sécurité d’emploi des produits cosmétiques sur le marché. Car pour un produit donné, si la marque voit une récurrence des signalement d’effets indésirables même non graves, elle se posera la question de reformuler ce produit ou de le retirer du marché. C’est pourquoi il est si important de signaler ces effets indésirables aux marques : si elles ne savent pas qu’un produit provoque ces effets indésirables, elle ne peuvent pas prendre les mesures nécessaires!

Si vous trouvez que la marque n’est pas très réactive à votre déclaration d’effet indésirable, vous pouvez également le déclarer sur le site de l’ANSM.

J’espère que ce billet vous sera utile (ou pas, je ne vous souhaite pas d’effet indésirable ^^). Si vous souhaitez que j’aborde d’autres sujet sur la réglementation cosmétique, les ingrédients (polémiques ou pas), etc, n’hésitez pas à me le dire :).

5 thoughts on “Mon produit cosmétique me brûle, me pique, me gratte : que faire?

  1. Merci pour ce billet très intéressant, avec une peau réactive et mature j’ai du mal à trouver un soin anti âge qui me convienne…
    C’est utile de savoir qu’il faut signaler les problèmes rencontrés à la marque.

    [Reply]

    Poupoune Reply:

    Bonsoir Sylvie est ce que vous avez essayé la marque Pai skincare? Elle est spécialement dédiée aux peaux sensibles et comprend une gamme peaux matures. En France on la trouve chez Oh my cream

    [Reply]

  2. Merci pour cet article complet et très intéressant ! Ayant une peau très réactive, j’ai effectivement fait des signalements auprès des marques, il ne faut pas hésiter !

    [Reply]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.